Plus de la moitié des musiciens, amateurs ou professionnels, ont à faire face un jour ou l’autre à des troubles appelés « musculo-squelettiques », du fait de la pratique instrumentale. Ces douleurs peuvent toucher la main, le poignet, l’avant-bras, l’épaule, le cou ou le dos. Elles proviennent soit des tendons (structure rattachant les muscles aux os), soit des muscles eux-mêmes.

Une étude faite par Fishbein et coll. en 1986 auprès de 4000 musiciens d’orchestre aux Etats Unis a montré que 66% des instrumentistes à corde et 48% des instrumentistes à vent présentaient des problèmes d’ordre musculo-squelettique. Une étude plus récente de Ian James 1997 effectuée auprès de 56 orchestres internationaux confirme ces données. Si les musiciens d’orchestre sont les plus touchés, tous les instrumentistes : professionnels, amateurs ou élèves des conservatoires peuvent présenter des affections liées à leur activité musicale, si celle-ci est importante.

Le musicien amateur, s'il est moins exposé que le musicien professionnel, qui doit être considéré comme un sportif de haut niveau, n'y échappe pas. Moins performant, moins entraîné que ce dernier, sa passion de la musique peut cependant imposer à ses mains une rigueur excessive à l’origine d'une pathologie nouvelle actuellement mieux connue. Des répétitions intensives et la pratique d’un instrument dans de mauvaises postures peuvent produire ou révéler certaines affections.

Le musicien doit, comme la plupart des artistes, faire face à de nombreuses contraintes lors de la pratique de sa passion. Je vais, à l’aide de quelques exemples, montrer les forces mécaniques que rencontre le musicien.

 

Les musiciens d’orchestre symphoniques, de chambre, d’harmonie, fanfares…

 Lorsqu’un musicien joue au sein d’un orchestre, il répète chez lui et avec l’orchestre. Chez lui, quotidiennement, pendant des heures à jouer un répertoire musical d’un haut niveau technique exigeant beaucoup de travail pour en maîtriser les difficultés, crée les conditions de développement de ce qu’on a appelé le syndrome de surmenage (« overuse ») : la demande excédant les capacités tissulaires. Puis, lors des répétitions avec son orchestre, il va occuper une place précise qu’il gardera pendant de nombreuses années. Sa place par rapport au pupitre, partagé entre deux musiciens, sera la même également. De nombreuses tensions vont alors se créer : les yeux, forcés de regarder à la fois en direction du chef d’orchestre et vers le pupitre entraînent des tensions qui se propagent alors rapidement dans le cou, le haut du dos, les épaules…

En plus de ces tensions, le musicien accumule celles liées à la pratique de son instrument.

 

Les autres musiciens (solistes, jazz band, groupes de rock…)

Les musiciens, en général, qui jouent dans ces formations subissent « uniquement » les contraintes liées à l’instrument. En effet, ces groupes ont des structures souvent moins rigides que les orchestres.

Par exemple, le violoncelle est plus anti physiologique que le violon selon les experts. En effet, la main gauche est située près de l’épaule donc vers le centre du corps. Le corps est normalement  en ouverture alors que cet enroulement du bras correspond à une fermeture.

Le violoncelliste tient son instrument entre ses jambes écartées. Le bas du dos (les lombaires) est alors cambré (lordose augmentée) ce qui contraint les articulations, os, ligaments, muscles… et peut entraîner des douleurs.

La position du manche peut contraindre certains instrumentistes à déplacer leur tête de l’axe de la colonne et donc créer des tensions au niveau du cou.

L’épaule droite est très enroulée de par les mouvements de l’archet et peut ainsi créer des tensions et des douleurs. La gravité augmente ces tensions car le musicien est obligé de retenir l’archet constamment contrairement au violoniste qui peut utiliser la gravité sur certaines cordes. Le poignet, lors de la pratique baroque ou contemporaine, subit alors des forces mécaniques importantes.

Le violoniste a des tensions tout le long de la colonne et du bassin par sa position sur sa chaise. Il existe essentiellement deux positions :

-          les jambes écartées afin de laisser passer l’archet entraînant, comme chez le violoncelliste, une augmentation de la cambrure (lordose lombaire) et donc une possible douleur,

-          les jambes tournées vers la gauche ressemblent à la position de l’amazone à cheval. Cette position va quant à elle créer une torsion tout le long de la colonne étirant ainsi les ligaments, muscles et mettant en tension les articulations. Des douleurs peuvent alors également apparaître.

Le violoniste accumule souvent des tensions créant des douleurs au niveau de la nuque par le port de son instrument. Si son coussin est mal adapté, la colonne cervicale va alors se pencher pour compenser la hauteur et donc créer des tensions.

 

Le stress, élément auquel les musiciens sont particulièrement exposés, joue un rôle également en abaissant le seuil à partir duquel la sensation douloureuse se produit pour un effort donné.


 

Les différents troubles rencontrés chez les musiciens :

 

TENDINITES ET TENOSYNOVITES


Elles sont dues à de micro-traumatismes secondaires à des efforts trop intenses, trop rapides, trop répétés ; elle correspond à ce que les anglo-saxons appellent les "overuse syndromes". Cette pathologie est similaire à celle des tendinites des sportifs. Ainsi peut-on rencontrer des tendinites des extenseurs ou des fléchisseurs des doigts chez les pianistes et les violonistes ; chez ces derniers, des douleurs de la partie externe du coude (épicondylalgie), dues au surmenage des tendons extenseurs du poignet tenant I'archet sont fréquentes. Une mauvaise pratique instrumentale peut en être à I'origine, nécessitant en parallèle du traitement ostéopathique une correction du geste.

 

LES SYNDROMES DE COMPRESSION NERVEUSE

Ils se traduisent par des troubles de la sensibilité, avec des fourmillements (paresthésies) au niveau des doigts. Des compressions peuvent se voir au niveau du poignet (canal carpien) chez le pianiste, le violoniste et les joueurs d’instruments à vent et également, pour le violoniste, au niveau du coude, de l’épaule et du cou (Syndrome du défilé des scalènes).

 

Ils sont dus à plusieurs facteurs :


- défauts d'attitudes : flexion exagérée du poignet (entraînant un syndrome du canal carpien par compression du nerf médian), ou du coude (entraînant un syndrome de compression du Nerf Cubital), rétropulsion des épaules et rotation du cou (entraînant un syndrome de compression vasculo-nerveuse du défilé thoraco-brachial (plexus brachial).

- hypertrophies musculaires : la pratique instrumentale demande des efforts musculaires importants. L'hypertrophie musculaire due à un entraînement intensif peut favoriser des compressions nerveuses.
- ténosynovites (celles des tendons fléchisseurs lors de la pratique intensive du piano peuvent comprimer le nerf médian du canal carpien).

 

PATHOLOGIE ARTICULAIRE

L'hyperlaxité articulaire peut être préjudiciable. Contrairement à ce qu’en pensent certains musiciens, la laxité est loin de constituer un avantage mais est une source de déboires. Les instrumentistes sont obligés de fournir un effort musculaire supplémentaire pour stabiliser leurs articulations.

Ceci est en particulier le cas chez les instrumentistes à vent où elle peut gêner le jeu des doigts qui doivent exercer une pression très précise. Le problème le plus souvent rencontré est celui de la douleur à la base du pouce (articulation trapézo-métacarpienne) pouvant être le premier signe d'une arthrose révélée ou déclenchée par la pratique instrumentale. Elle se voit chez le pianiste et le violoniste ; chez le premier, le rôle du pouce est particulièrement important. Chez le violoniste, une mauvaise tenue du violon, le pouce étant mal positionné, peut en être à l'origine. Il faut, en parallèle du traitement ostéopathique, corriger le défaut d’attitude.

 

Les troubles de la posture :

L’expérience révèle que l’apparition des troubles musculo-squelettiques est souvent favorisée par des postures défectueuses et des erreurs techniques (« misuse »)

Quel que soit l'instrument de musique, le musicien va progressivement, par des positions répétitives en légère torsion, installer son corps dans des dysfonctions et percevoir tôt au tard des douleurs.

Chaque musicien peut se diagnostiquer un déséquilibre postural par ces quelques points :

Le musicien doit se tenir debout, décontracté et observera :

1.       La position de ses pieds, est-elle droite ou ouverte ?

2.        Les semelles de ses chaussures sont-elles usées uniformément, au talon et/ou à l'externe ?

3.       Le dos est-il droit ou creusé au niveau lombaire ?

4.       Les épaules sont-elles parallèles au sol ou à des hauteurs différentes ?

5.       A t-il un craquement de l'articulation à l'ouverture de la bouche ?

6.       L'ouverture et la fermeture de la bouche se fait-elle de manière symétrique ou non ?

7.       L’axe reliant les deux yeux est-il horizontal ou non ?

8.       Les yeux dans leur orbite sont-ils symétriques ou non ?

9.       Présente-t-il parfois des maux de tête (céphalées) derrière les yeux ou non ?

10.   Présente-t-il des douleurs à la nuque, aux reins, aux genoux ou non ?

11.   A-t-il des cors aux pieds ou non ?

Quand dois-je consulter un ostéopathe ?