La douleur est décrite comme « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable associée à un dommage tissulaire présent ou potentiel, ou décrite en termes d’un tel dommage » (Association internationale de l'étude de la douleur)

 

Cette définition met en évidence d’emblée le caractère subjectif, intime de l’expérience douloureuse. Elle souligne aussi le fait qu’une douleur peut être présente même en l’absence de lésion d’un tissu objectivable. Par contre, elle ne met certainement pas assez en avant l’influence des aspects sociaux et culturels, ainsi que des croyances construites à partir de l’expérience de chacun.

 

Le Pr Gordon Waddell est Chirurgien Orthopédique de formation, il est considéré comme la sommité mondiale de la prise en charge du mal de dos.

 

Il y a 20 ans, il faisait figure de marginal. Aujourd’hui, ses points de vue sur les problèmes de dos jouissent d’une grande considération. Des études internationales ont confirmé le bien-fondé de ses thèses clairvoyantes.

 

Depuis Descartes la douleur a toujours été rapportée à un tissu (os, muscle, ligament…) en souffrance. Or, Waddell conclut après des années de recherche que le modèle cartésien est inopérant. Plus que ça, il est nuisible, conduisant à des dépenses exagérées en consultations, imagerie, traitements et interventions chirurgicales inutiles. Tout d’abord, dit-il, il est pratiquement impossible de découvrir la lésion causale, sauf dans moins de 10% des cas (essentiellement les sciatiques discales). L’expérience quotidienne révèle que l’on observe pour une même cause, une coupure ou une brûlure par exemple, des variations inter- et intra-individuelles de ressenti et d’expression de la douleur en fonction de l’événement traumatique, de l’état psychique et émotionnel et des répercussions sociales ou professionnelles. Enfin (et surtout), il n’empêche pas le passage à la chronicité, qui fait toute la gravité de la pathologie vertébrale.

 

Il a alors développé le modèle bio-psycho-social qui correspond a une nouvelle vision de la douleur. Ce modèle ne localise donc pas seulement la douleur à un tissu mais l’intègre à l’environnement du patient.

 

G. Waddell a décrit les causes existant lorsqu’une lésion se met en place. Avec le temps elle va s’amplifier et engendrer une succession d’états telles une contraction musculaire, une inactivité, une fatigue , une insomnie, une anxiété et enfin une dépression.

 

Il a également listé les fausses-idées que peuvent avoir les patients en tête, rendant leur guérison plus difficile. Dans l’environnement biopsychosocial, est comprise l’attitude du patient face à son symptôme. SI celui-ci est pessimiste, malgré les traitements, il risque de pénétrer dans un cercle infernal.

 

Quelques fausses certitudes des patients sur leur douleur (d’après Waddell)

-          Il n'y a pas de vrai traitement pour le mal de dos

-          Le mal de dos finit par vous empêcher travailler

-          Avoir mal de dos signifie souffrir par périodes pour le reste de sa vie

-          Les médecins ne peuvent pas grand-chose pour le mal de dos

-          On peut finir ses jours sur une chaise roulante quand on a mal au dos

-          Le mal de dos signifie de longues périodes d'arrêt de travail

-          Le repos constitue le meilleur traitement du mal de dos

-          Les douleurs de dos s'aggravent progressivement avec l'âge

 

Quelques citations du Pr Gordon WADDELL lors d’une interview :

 

"Il faut cesser de vouloir chercher à tout prix une maladie." 

"Je crois qu’il faut radicalement changer notre mode de pensée et cesser de vouloir chercher à tout prix une maladie. La plupart des gens qui ont mal au dos n’ont aucune maladie ni de graves dommages corporels. Leur problème c’est que le dos ne fonctionne pas comme il le devrait. Pour certains, il est devenu raide, les muscles sont trop faibles et ne travaillent plus comme ils le devraient. D’autres ont des problèmes de coordination. Il faut donc remédier aux problèmes fonctionnels plutôt que de chercher un éventuel dommage à réparer. "

 

"Nous devons retourner à des valeurs humanistes."
"Ce n’est pas la colonne vertébrale qui a un problème, c’est la personne. Nous ne pouvons pas nous contenter de soigner la colonne vertébrale, nous devons soigner l’individu dans sa totalité, enfin, non pas le soigner, mais l’aider et le soutenir pour qu’il parvienne à gérer son problème."

 

"l’IRM ne nous révèle rien sur le mal de dos"
"Bien sûr, l’IRM est une bonne chose. Pour les maladies spinales, les problèmes nerveux, les fractures ou d’autres blessures graves de la colonne vertébrale, l’IRM constitue un progrès considérable. Mais l’IRM ne nous révèle rien sur le mal de dos. Si l’on se contente de s’appuyer sur les examens de haute technologie, cela conduit souvent à des analyses erronées qui n’apportent rien en matière de mal de dos. Evidemment, il faut continuer à utiliser l’IRM et d’autres examens lorsqu’ils peuvent éclairer certains problèmes. Mais ce serait une erreur de croire qu’ils vont nous livrer la clé du mal de dos. Le problème c’est que les images à résonance magnétique du dos sont très séduisantes parce qu’elles sont excellentes. On a tendance à oublier qu’elles ne sont que des ombres projetées sur un mur. Quand on aperçoit des altérations dégénératives, autrement dit des signes de vieillissement, on en déduit automatiquement qu’elles sont liées au mal de dos. Pourtant, si on fait une IRM d’un individu qui n’a pas mal au dos, on verra exactement la même chose. Ces images nous informent davantage sur l’âge de la personne que sur son mal de dos. C’est comme les cheveux gris ! Il ne nous viendrait pas à l’idée de dire que les cheveux gris provoquent des maux de tête. Si un médecin examinait votre tête et disait : « Vous avez des cheveux gris. Nous allons vous raser la tête pour éliminer votre mal de tête. », vous penseriez qu’il raconte des bêtises. Le même risque existe avec l’IRM."

 

"Dans 99 % des cas, les médecins ne conseillent plus le repos."
"Au milieu des années quatre-vingt, on prescrivait le repos à la moitié des patients qui venaient consulter pour des maux de dos. Selon notre dernier sondage, ce nombre est tombé à 1 %. En 2004 en Ecosse, on a conseillé à 1 % seulement des patients qui ont consulté un médecin de garder le repos. Il y a sans doute certains patients qui ont besoin de rester allongé et pour lesquels ce conseil est parfaitement adapté. Mais il est intéressant de voir que dans 99 % des cas, les médecins ne conseillent plus le repos. Il y a eu un changement radical dans la pratique médicale et dans l’opinion publique."